Genève paradis pour les voleurs de véhicules

Les statistiques fédérales et celles des assureurs placent le canton en tête en matière de vols de véhicules. Mais que deviennent-ils?

 

Une fois de plus, vols de véhicules, Genève se distingue au niveau national. Et pas en bien! Une récente statistique de Zurich Assurance indique en effet que le canton est, et de loin, le pire en matière de vols de voitures et de motos. Du moins, ceux touchant ses clients. Depuis 2014, les cas ont augmenté de 30%. Un tel constat a déjà été dressé par un autre grand assureur helvétique, AXA Winterthur, et il est conforté par les statistiques suisses de la criminalité. Mais pourquoi Genève est-il victime d’autant de vols? Et que deviennent les véhicules volés?

Au-delà des chiffres, que nous analyserons plus loin, le responsable sinistres de Zurich Assurance, avance des éléments de réponse: «Genève est très apprécié des voleurs de véhicules à cause de sa proximité avec la France», où «les voleurs revendent directement les véhicules». Et il conclut: «Seule une petite fraction des véhicules volés est retrouvée.»

Drogue et casses

J.p Brandt, porte-parole de la police genevoise, ne commente pas les allégations concernant la frontière toute proche mais apporte d’utiles précisions sur les types de voitures volées et leur «utilisation» future.

«On distingue trois catégories différentes. D’abord les véhicules volés pour commettre des délits.» Il s’agit là principalement de grosses cylindrées, de breaks puissants ou de SUV, le plus souvent des marques allemandes qui figurent d’ailleurs dans le top 10 de Zurich Assurance des marques les plus volées (voir infographie). «Ils serviront notamment pour les «go fast» (technique utilisée pour transporter de la drogue en roulant à vive allure) et pour des casses à la voiture-bélier».

Pour les pièces détachées

Deuxième raison des vols, «les pièces détachées, qui se revendent très bien, poursuit Jean-Philippe Brandt. Parmi elles, les airbags et les phares xénon. A Genève, ce sont principalement les BMW qui sont touchées, suivies dans une moindre mesure par les Audi et les Mercedes», soit toujours des marques allemandes, mais ce sont aussi les plus vendues en Suisse.

Volées puis exportées

Troisième catégorie, «les vols à des fins d’exportation illicite, commente le porte-parole de la police. Il s’agit de voitures chères, voire de grand luxe comme les Porsche. Ces vols, qui relèvent le plus souvent du crime organisé, se font sur commande, par exemple d’une personne fortunée qui ne souhaite pas attendre trois mois avant d’avoir sa nouvelle voiture. Les véhicules transitent souvent par les Balkans, où ils sont maquillés, voire repeints, avant de finir en Russie ou dans les pays du Golfe.»

Il existe par ailleurs un marché pour «les vieux 4x4 style Range Rover ou des voitures plus bas de gamme, qui prennent alors la direction de l’Afrique du Nord». Enfin, «la Bulgarie et la Roumanie se sont spécialisées dans le vol de voitures de location», et il existe aussi des cas de personnes «qui achètent une voiture en leasing puis la signalent volée alors qu’elle a été revendue pour l’exportation».

Des chiffres à relativiser

Ainsi, en 2016, Zurich Assurance a relevé 202 véhicules de ses clients volés à Genève. Selon ses chiffres, Vaud se classe deuxième, mais très loin (95 vols). Canton-ville et frontière comme Genève, Bâle-Ville figure en sixième position, avec 18 vols (voir infographie). Cette statistique confirme celle d’AXA Winterthur, qui affirmait en août 2016 que Genève affiche un taux de vols de véhicules six fois supérieur à la moyenne suisse. Curieusement, Bâle-Ville se classe second chez AXA…

Des statistiques à croiser avec celles de la police genevoise. Même si les chiffres pour 2016 ne seront dévoilés que lundi, lors de la conférence de presse annuelle, on peut citer ceux de 2015: 389 voitures et 1074 motos volées. C’est notablement plus que le canton de Vaud (respectivement 222 et 455). Et sur le plan national, on a dénombré 1562 vols de voitures et 2222 de motos. A noter qu’en 2016, on comptait 222 699 voitures de tourisme et 55 280 motocycles (y compris légers) immatriculés à Genève.

Quant au taux d’élucidation des vols de voitures et de motos à Genève en 2015, il se situe à 11,3% pour les voitures et 6,2% pour les motos, en légère augmentation par rapport à l’année précédente. Des vols qui ont lieu principalement en pleine rue, même si les garages collectifs et les parkings ne sont pas épargnés par le phénomène. En revanche, les zones résidentielles et les chemins privés sont moins «visités».

«Le pire pour les assureurs, ce sont les cambriolages»

«Il existe un hit-parade des voitures volées en Suisse, où les marques allemandes, qui sont aussi les plus vendues, et les véhicules de luxe, soit ceux à plus de 150 000 francs, arrivent en tête», relève Raphaël Bula, directeur de Bula Assurances à Genève. «Mais, ajoute-t-il, les vols de voitures ne représentent pas grand-chose pour les assureurs. Le pire, ce sont les cambriolages, qui ont bondi depuis l’instauration de l’Espace Schengen!»

Son agence travaille notamment avec les plus grosses assurances de véhicules en Suisse, soit AXA Winterthur, Zurich, mais aussi Allianz, Generali ou encore Helvetia «depuis son rachat de la Nationale», précise-t-il. Comment réagissent-elles face aux vols? «Les tarifs des assureurs peuvent varier trois à quatre fois par an, toujours en fonction des statistiques. Pour les véhicules figurant dans le fameux hit-parade, ils sont évidemment plus élevés que pour des marques japonaises, par exemple. Pour les voitures de luxe, certains assureurs peuvent aussi émettre des clauses demandant à l’assuré d’avoir une alarme et un garage fermé. Mais il n’y a pas de refus de l’assureur, la prime est simplement plus chère.»

Des primes qui peuvent sensiblement varier. Exemple? «J’ai fait dernièrement une demande pour une Audi S3 bardée d’options, à un prix avoisinant 80 000 francs. Quatre assurances m’ont répondu. Leurs primes vont de 1864 francs à 2583 francs.»

Il faut encore savoir que selon leur nationalité, certains conducteurs sont prétérits: «Les ressortissants des pays de l’Est surtout, mais aussi ceux d’Afrique du Nord ou les Portugais paient des primes plus chères.» Pourquoi? «Les assureurs adaptent toujours leurs tarifs en fonction des statistiques, et ces conducteurs-là ont davantage d’accidents que les autres».

  • Sylvie
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